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Démission Céleste

 

Ressorti à l'occasion de cette période d'élection présidentielle, ce texte mi poétique mi satirique.
Après tout n'est-ce pas notre papa à tous que nous cherchons avidemment...
Et puisqu'il y en a certains qui se prennent pour les sauveurs de notre petite planète,
investis d'une mission divine auprès de la population de notre petit pays...
Et puisqu'il y en a d'autres, qui jettent l'éponge à la fin de leurs douloureux mandats...

N'hésitez pas à laisser vos commentaires après lectures, je les publierai au fur et à mesure...


C’est moi.

C’est moi seul qui fait sortir les crocus au mois de février alors que la neige recouvre encore les champs brûlés par le gel.

C’est moi qui colore l’horizon de cette teinte indéfinissable aux heures entre chien et loup, ciel de traîne encore lourd de mes colères, oscillant d’un gris pommelé timide au flamboyant carmin de mes crépuscules.

C’est encore moi qui pose délicatement entre les bras de la jeune maman épuisée le nourrisson fragile et adorable. Moi qui remplit les yeux des parents ébaubis de larmes de joie, et qui fait cracher au petit être tout neuf ses dernières sécrétions amniotiques.

C’est moi qui met dans la bouche des enfants ces mots doux comme une brassée de lys, un bouquet de pâquerettes sauvages, une poignée de fraises des bois juteuses, un nectar gouleyant.

C’est moi qui tire à la tombée de mes nuits un rideau d’étoiles pour bercer les sommeils anxieux, moi qui fait disparaître la lune dans un strip-tease langoureux de quatorze jours, et qui la pousse à réapparaître à petits pas comptés pour mieux la faire désirer.

C’est moi qui dessine une à une les grosses taches brunes sur le dos des vaches dociles, et qui gomme en aplats blancs des nuages sur leurs mamelles gonflées.

C’est moi qui peint vos fantasmes oniriques, dessine le contour d’ombres fantomatiques dans vos rêves éveillés, susurre les mots d’amour à l’oreille des amoureux en mal d’inspiration.

C’est moi qui guide le stylo malhabile des écrivains en herbe et autres écrivaillons, en leur soufflant seulement l’audace d’aller au bout de leurs phrases inutiles.

C’est aussi moi qui articule sur les lèvres des plus géniaux orateurs les tirades immortelles, les vers en triade de leurs odes pseudo- pindariques, les déclamations épiques et les serments éternels.

C’est moi, tout cela et bien plus encore. C’est moi qui te fait respirer, petit homme plus fragile qu’une poupée de verre, agite tes minuscules membres de pantin désarticulé, et te plie à mes injonctions, futile marionnette animée de mes exigences. Un seul de mes éternuements te jette à terre et émiette tes prétentions d’Etre libre ! Ma migraine fait exploser cent millions de vos cerveaux gélatineux et puérils. Une rage de dent détruit dans un cataclysme sismique hommes, femmes et enfants sans distinction de race, d’âge, de mérite personnel ! Et que dire de mes poussées d’hémorroïdes, de mes crises aiguës d’exzéma, de mon urticaire géant ! Vous n'êtes rien, immondes microbes faibles et vaniteux. Vous n’êtes que des parasites énervants sur mon organisme affaibli. Tels des virus sanguinaires. Votre férocité me rend malade. De plus en plus souvent j’ai des céphalées épouvantables, des crises d’asthmes, des lumbagos, des pleurésies purulentes qui me clouent sur place et m’otent toute énergie. A cause de vous je n’ai plus goût à rien. Vous regarder vous agiter en tout sens ne me fait même plus rire. Au moins dans le temps, vous vous adressiez encore à moi, et de façon plaisante, en y mettant les formes ! Je pouvais encore me permettre le luxe suprême de me montrer magnanime, et de pardonner vos offenses. De faire selon ma volonté que le pain quotidien soit distribué à tous et plus particulièrement à certains, rien que pour voir...

J’ai toujours eu un esprit plutôt scientifique à votre égard. Tester, mettre à l’épreuve, comparer, puis enfin conclure. Un seul exemple suffit à prouver la vacuité de mes efforts pour hisser votre conscience à ma lumière divine: depuis le temps que je vous soumets à la tentation du mal, aucun d’entre vous n’a jamais pu y résister. Je ne parle pas des plus valeureux, même chez ceux-là il y a toujours eu cet esprit de mortification, ce sens exacerbé du sacrifice, qui m’ennuie terriblement. D’ailleurs ils ont tous fini assassinés !

Mais moi, moi, je suis encore là, et je me lasse de vos fanfaronnades. Maintenant vous vous mettez à vivre pour vous, et vous avez l’audace
de m’oublier, vous osez me reléguer à la place de simple consultant, sans même prendre le temps d’écouter mes conseils. Voilà, voilà pourquoi l’entreprise humaine va à vau-l’eau ! Pas moyen de rabaisser vos prétentions démesurées, vous n’entendez plus mes rappels à l’ordre. J’ai de plus en plus de difficulté à faire avorter vos conjurations, déjouer vos complots pour me détrôner, limiter vos tentatives de renversement de pouvoir ! A croire que certains d‘entre vous commencent à se prendre pour moi. De vulgaires présidents de minuscules républiques ! Quel affront !

J’ai beau multiplier le désordre depuis ces dernières années, faire assassiner vos enfants par milliers, vous laisser subir les crimes les plus affreux, injecter dans vos corps putrides des maladies insupportables. Quoi, il ne vous suffit pas de voir souffrir votre prochain ! Soit, j’envoie donc aussi à votre planète la lèpre qui dévore vos champs et tue vos récoltes, les pluies acides, les gaz asphyxiants, les tremblements de terre, typhons, tornades, séismes en tous genres. Rien n’y fait. Vous vous contentez de donner aux pires ouragans les prénoms de vos stars, voire un diminutif affectueux. Hugo, Marylin, et puis quoi encore. J’ai même insidieusement poussé le diable parmi vous, mais il fait des ravages en toute impunité. Il viole vos enfants, égorge vos mères, dépouille vos voisins de leur ultime dignité, saccage votre horizon, détruit vos ambitions...et j’avoue qu’il est bien le seul qui arrive encore à m’arracher un sourire ou un quelconque intérêt, tant ses interventions sont ignoblement créatives. Non, non, je n’en rajoute pas, sur ce point j’aurais presque honte de lui accorder du crédit. Mais vous êtes si pleutres ! Et si ingrats. Avez-vous effacé de vos mémoires mon jardin d’Eden, les grosses pommes juteuses à foison de l’arbre de la connaissance, le paradis à l’ombre de mes palmiers célestes...Avez-vous oublié que c’est à moi que vous devez près de deux cent millions d’années de découvertes, de curiosité, de plaisir, d’échanges. C’est grâce à moi, à moi seul que votre race n’a pas encore disparu de cette planète malade de vous porter ! Comment osez-vous ainsi tourner le dos à votre géniteur, abandonner votre père tout-puissant, et laisser croupir mon saint-esprit parmi les monceaux d’ordures que vous laissez derrière vous à chacun de vos pas, à chacune de vos glorieuses avancées technologiques...

C’en est trop, je suis las, je suis si vieux. Le courage m’abandonne, après tant d’années de souffrances. J’ai perdu mes illusions de jeunesse à votre égard. Je n’ai plus la foi en l’être humain. Les maigres joies ne pèsent plus rien dans la balance, tant le crédit que je vous ai accordé est épuisé depuis longtemps. Vous avez trop de dettes envers moi. Je fais faillite par votre faute, et de surcroît j’ai bien compris que non seulement vous ne pourrez jamais me rembourser, mais qu’en plus vous n’en avez pas la moindre intention !

Alors je liquide. Toutes affaires cessantes. J’ai trouvé un bon acquéreur. Il a l’air plutôt cool, et surtout il a bien meilleur caractère que moi. D’ailleurs j’ai pu constater qu’il commence à intéresser sérieusement un grand nombre d’entre vous. Personnellement je le trouve un peu fade. Jamais de cris, de colère, d’éclats de rire non plus. Je suis prêt à parier ma barbe blanche que vous ne tiendrez pas longtemps, et que d’ici quelques centaines d’années vous me réclamerez à corps et à cris, tant vous vous ennuierez ! Mais moi je ne serai plus là, qu’on se le dise ! Je sais, j’ai toujours été un peu rancunier, et dans ce genre de différent, je ne reviendrai pas sur ma décision.

Et puis sans vouloir être mauvais perdant, côté physique, vous n’y gagnez pas au change. C’est vrai: Moi, je suis plutôt bel homme, compte tenu des critères humains. Lui c’est un petit gras chauve et bedonnant ! On va rigoler quand les gentes mais si critiques damoiselles de la haute, les coquettes exigeantes, les tops du staff, la clique de l’intelligentsia, tout le bazar branché esthétique sinon rien, quand tout ce petit monde satisfait va découvrir sa silhouette ventripotente et des petits yeux bouffis cachés dans les replis de ses joues graisseuses ! Non, non, juste retour des choses !

En tout cas, moi je me carapate dans un autre univers. Ne croyez pas, il y en a des tas qui n’attendent que moi. Et avec tout ce que j’ai appris aux côtés de vous autres humains pervers et dégénérés, je vous promets qu’il ne vont pas trouver le temps long, eux.

Tiens voilà le nouveau.
- Salut, moi c’est Dieu. Toi c’est... Bou- quoi ?  Bouddha ? Non sans rire. C’est ton petit nom à toi ?...

 

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